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Droits

Abandon de poste : ce qui se passe pour ton chômage

Abandon de poste et chômage : depuis 2023, la présomption de démission peut te priver d'allocation. La procédure, tes recours et les solutions plus sûres.

6 min de lecture Publié le 4 novembre 2026 La rédaction Carnet Emploi

6 min · 4 nov. 2026 · Carnet Emploi

Une chaise de bureau rouge vide contre un mur
Photo : Unsplash, libre de droit
En bref
Mise en demeure : au moins 15 jours pour reprendre ou te justifier
Sans réponse, tu es présumé démissionnaire, donc sans chômage
Un motif légitime (santé, sécurité…) fait tomber la présomption

Un abandon de poste ne te garantit plus le chômage, loin de là. Depuis avril 2023, ton employeur peut te considérer comme démissionnaire si tu ne reviens pas après une mise en demeure. Et une démission, sauf exception, ne donne pas droit à l’allocation chômage. Voici comment fonctionne cette « présomption de démission », ce que tu risques et les solutions plus sûres si tu veux quitter ton emploi.

Abandon de poste et chômage : ce qui a changé en 2023

Pendant longtemps, l’abandon de poste servait de sortie de secours. Le salarié ne venait plus, l’employeur finissait par le licencier pour faute grave, et le salarié pouvait toucher le chômage puisqu’un licenciement est une perte d’emploi involontaire.

La loi du 21 décembre 2022 a créé la présomption de démission (article L1237-1-1 du Code du travail), appliquée depuis le décret d’avril 2023. Le principe : si tu abandonnes volontairement ton poste et que tu ne reprends pas le travail après une mise en demeure, tu es présumé avoir démissionné. Et pour France Travail, une démission ne donne pas droit à l’ARE, sauf cas de démission légitime.

La procédure de présomption de démission, étape par étape

  1. Tu ne te présentes plus au travail, sans prévenir et sans justificatif.
  2. Ton employeur t’envoie une mise en demeure, par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge. Il te demande de justifier ton absence et de reprendre ton poste.
  3. Tu as un délai d’au moins 15 jours à partir de la première présentation de la lettre. L’employeur peut fixer un délai plus long, jamais plus court.
  4. Si tu ne reviens pas et ne donnes aucun motif valable dans ce délai, tu es présumé démissionnaire à la fin du délai.

Depuis une décision du Conseil d’État du 18 décembre 2024, la mise en demeure doit t’informer clairement des conséquences : si tu ne reviens pas et ne te justifies pas, tu seras considéré comme démissionnaire.

Les motifs légitimes qui font tomber la présomption

Tu n’es pas présumé démissionnaire si ton absence a une raison valable. Le Code du travail donne une liste d’exemples, qui n’est pas complète :

  • des raisons médicales (arrêt maladie, par exemple) ;
  • l’exercice de ton droit de retrait, si tu étais face à un danger grave et imminent ;
  • l’exercice du droit de grève ;
  • ton refus d’exécuter une instruction contraire à la réglementation ;
  • ton refus d’une modification de ton contrat imposée par l’employeur.

Indique ce motif dans ta réponse à la mise en demeure, par écrit, avec tes justificatifs.

Les juges regardent aussi le comportement de l’employeur. Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation a jugé qu’un employeur qui n’avait pas organisé la visite médicale de reprise obligatoire après un arrêt maladie ne pouvait pas reprocher au salarié un abandon de poste.

Présumé démissionnaire : quelles conséquences pour ton chômage ?

Si la présomption s’applique, ton contrat prend fin comme pour une démission :

  • pas d’allocation chômage au départ, sauf si ta situation correspond à l’un des cas de démission légitime ;
  • comme après toute démission, tu peux demander un réexamen de ton dossier après 121 jours sans allocation, en montrant tes efforts pour retrouver un emploi ;
  • tu reçois tes documents de fin de contrat (certificat de travail, attestation France Travail, solde de tout compte).

Notre article Démission et chômage détaille les cas légitimes et le réexamen.

Contester la présomption de démission

Si tu penses que la présomption n’aurait pas dû s’appliquer (motif légitime ignoré, mise en demeure incomplète, faute de l’employeur), tu peux saisir le conseil de prud’hommes. L’affaire va directement devant le bureau de jugement, qui doit statuer dans un délai d’un mois.

Avant d’aller en justice, fais-toi conseiller : un syndicat, un avocat en droit du travail ou le service de renseignements de l’inspection du travail peut t’aider à évaluer ton dossier.

Tu veux partir ? Les solutions plus sûres que l’abandon de poste

Si tu n’en peux plus de ton emploi, d’autres voies protègent mieux tes droits :

  • La rupture conventionnelle : un accord avec ton employeur, qui ouvre droit au chômage. La durée d’indemnisation est plus courte depuis septembre 2026, mais tu gardes tes droits.
  • La démission légitime : si tu déménages pour suivre ton conjoint, par exemple.
  • La démission pour reconversion : si tu as un projet de formation ou de création d’entreprise, validé avant ta démission. Lis notre guide Reconversion professionnelle.
  • Un arrêt maladie : si ta santé est en jeu (épuisement, souffrance au travail), consulte ton médecin et la médecine du travail. Un arrêt prescrit est un motif légitime d’absence.

Questions fréquentes

Est-ce que je peux toucher le chômage après un abandon de poste ?

Si ton employeur applique la présomption de démission, non, sauf cas de démission légitime ou réexamen accepté après 121 jours. Si ton employeur choisit plutôt de te licencier, le licenciement ouvre en principe droit au chômage, mais tu n’as aucune garantie sur le choix qu’il fera.

Combien de temps a-t-on pour répondre à la mise en demeure ?

Au moins 15 jours à partir de la première présentation de la lettre. Lis bien la date fixée par ton employeur, elle peut être plus tardive.

Que se passe-t-il si mon employeur ne fait rien ?

Tant qu’il ne t’envoie pas de mise en demeure et ne te licencie pas, ton contrat continue, mais sans salaire pour les jours d’absence. Tu restes salarié, et tu ne peux pas toucher le chômage puisque ton contrat n’est pas rompu.

Un arrêt maladie envoyé pendant le délai, ça compte ?

Oui, les raisons médicales font partie des motifs légitimes. Envoie ton arrêt et réponds par écrit à la mise en demeure en expliquant ta situation.

Faut-il faire un préavis si je suis présumé démissionnaire ?

La question du préavis n’est pas tranchée de façon simple et dépend de ta situation. Pose-la à un conseiller juridique, à un syndicat ou à l’inspection du travail.

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